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Marie Source de Vie, Fontaine de miséricordes (Roland Blanquart)
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Marie Source de Vie, Fontaine de miséricordes (Roland Blanquart)

Dans notre liturgie de la Communauté des Béatitudes, nous chantons fréquemment à la fin de la messe ou pour d'autres occasions. ce chant à Marie : «Sous l'abri de ta miséricorde...» (1) Marie médiatrice C'est avant le Concile de Nicée que remonte cette prière à la Sainte Vierge le «Sub tuum praeSidium», la plus antique des prières mariales. On découvrit en 1938 le texte original sur un papyrus du IIIème siècle, le même sauf une légère variante qu'ont conservé les liturgies grecques et le rite ambroisien: «Sous l'abri de votre miséricorde, nous nous réfugions ô Mère de Dieu, n'induisez pas en tentation notre prière, mais délivrez nous du péril, seule chaste et bénie.»

Dom Mercier faisait alors remarquer lors de cette découverte,l'immense intérêt de ce petit texte. C'est sans doute le plus ancien témoignage de la foi en la puissance médiatrice de Marie, car on lui demande de s'appuyer non seulement sur nos prières auprès du Christ mais de nous déliver elle-même des dangers auxquels nous sommes exposés.Marie,Source de grâces, Source de Vie. A ce titre de "Médiatrice du monde après le Médiateur", Saint Ephrem ajoute également le titre de "Source": "Salut, Mère de tous ; Source de grâce et de consolations pour tous. "Saint Ephrem, le premier chantre de Marie - il a écrit en syriaque des milliers de vers entre 363 et 373- et le premier à faire appel à l'intercession de Marie, allait jusqu'à demander à Marie de «faire violence à la miséricorde de son Fils.» Il se place d'emblée comme le tout petit enfant et découvre combien Dieu connaissant bien nos coeurs - la honte qui survient dans nos coeurs ayant péché - nous avons alors besoin d'une Mère médiatrice. Les premiers chrétiens considéraient déjà la Vierge comme la Source, la «Pégi». Saint Jean Damascène apporte le titre de «Fontaine» «Qui peut douter que Marie soit la «Pégé de la bénédiction, la Fontaine de tous biens ? La mère de Dieu, source de Vie Le nom de l'icône «La Mère de Dieu, source de Vie" ( ci-contre) se rattache à un modeste sanctuaire situé devant les remparts de Constantinople, à une distance d'un stade de la Porte d'Or. Edifié probablement à la fin du Vème siècle, ce petit sanctuaire est agrandi sous Justinien, vers 560, détruit et reconstruit au XIVème siècle. Nous avons une description de celui-ci à cette époque : ce qui est important pour l'iconographie, c'est la forme de la source même au milieu de l'église. Il y avait en profondeur, au niveau de la source, un bassin dans lequel s'élevait une vasque d'où s'écoulait l'eau. Au-dessus de la source, sur quatre portiques, s'élevait une coupole décorée d'une mosaïque représentant la Mère de Dieu et son Fils. L’icône représente donc une vasque rase, au milieu de laquelle se tient la Théotokos, ayant sur la poitrine Jésus qui bénit. Le Sauveur porte l'Evangile avec les mots: « je suis l’eau vive.» Ce sanctuaire fut un lieu de pèlerinage très fréquenté par le peuple et la cour. A la fête de l’ascension, l'empereur et ses dignitaires s'y rendaient avec le clergé en procession. Des choeurs célébraient en alternance les louanges de la Vierge, comme ce chant conservé dans le «Livre des cérémonies» de Constantin Porphyrogénète: «0 fleuve où court la vie sans fin, Source sainte... nous vous vénérons comme, Théotokos... Couvrez nous jusqu'à la fin ô Notre Dame Source de Vie,des ailes de votre protection.» De même,les pèlerins russes du XIVème et XVème siècle, racontent qu'ils se renaient à la (Pigi) pour vénérer la Vierge, boire l'eau sainte et s'y laver. Jusqu'au XIVème siècle, la fête de la source de Vie était célébrée le 8 janvier et le 9 juillet,plus tard, elle fut transférée au vendredi après Pâques. les textes liturgiques sous la plume de l'historien Nicéphore Kallis Xanthopoulos, sont d’une rare beauté, «Réjouis-toi Source , de vie inépuisable, répands tes grâces,Fontaine des remèdes qui convainc, de Faiblesse et de mensonge toute la force des maladies, vision des aveugles, divine purification des lépreux, qui guéris les maux de tous, gratuite et toujours prête où tu nous soignes. Mère du Christ le Verbe – qui donne au monde sa grande miséricorde. » Marie aqueduc de la Source Les latins comme les grecs développèrent les images bibliques de la « Fontaine du jardin Clos» et du «Puits des Eaux vives». Là compassion qu'utilise Saint Bernard pour comparer Marie à un aqueduc, permet à l'abbé de Clairvaux de rendre sensible aux moines qui écoutent son homélie, la réalité et l’ordre de la fonction médiatrice de Marie : «La vie éternelle, est une source intarissable qui arrose, ou pour dire qui enivre toute l’étendue du paradis. Source des jardins, puits d’eaux vives….Mais quelle est cette source sinon le Christ jésus ? Or, elle a été canalisée , Jusqu'à nous, dérivation céleste, dévalant grâce à un aqueduc, recevant la Source en sa plénitude au coeur du Père, il nous la transmet non telle qu'en soi mais selon que chacun lui offre de capacité. Vous connaissez bien Celle à qui il fut dit: «je te salue pleine de grâce !» A vrai dire, si les eaux de la grâce ont manqué, durant tant de siècles au genre humain, c'est que cet aqueduc n'était pas encore construit.» (Sermon sur la Nativité de Marie). Nous retrouvons chez saint Bernard ce même souci que nous avons vu exprimer par saint Ephrem, à savoir rassurer le pécheur : «Tu crains d’aller vers Jésus.? Pourtant il est ton frère ta chair, il a connu toutes nos faiblesses, le péché excepté, afin de mieux nous témoigner sa miséricorde. Marie te l'a donné pour frère. Mais peut-être trembles-tu devant sa majesté parce que s'il est homme, il reste Dieu? Désires-tu un recours auprès de Lui? Va donc à Marie...Oui, je le dis sans hésiter, le Fils exaucera la Mère, le Père exaucera le Fils .Mes petits enfants, voilà l'échelle des pécheurs, voilà ma suprême confiance voilà toute la raison d'être de mon espérance.» Après saint Bernard, les poètes et les auteurs de Bibles ou de laudes mariales abondent en variations sur le même thème, sur tous les sens à donner de la Fontaine, du Fleuve, du Canal, de l’aqueduc, de la Piscine. Marie, «Fontaine du jardin clos» Nous avons déjà étudié dans un article sur l'iconographie de l'Immaculée Conception (F.L mai et juin 94), les litanies peintes ou sculptées qui entourent au XVème siècle la jeune Vierge Immaculée. Un de ses emblèmes est la «Fontaine scellée»ou la «Fontaine du jardin clos», allusions à la virginité féconde de Marie. Elles sont ceinturées de barrières, de murs bas, de palis à treillages. Dans cette tapisserie de Tournai (ci-contre),très richement ornée, à l'abri d'une palissade, symbole de la foi chrétienne et de la virginité de Marie,la licorne (la pureté) et les cerfs (l'âme humaine) peuvent étancher leur soif à la source de la Vie qui se déverse des différents étages d'une fontaine à l'architecture très élaborée. Un couvercle ferme hermétiquement la fontaine. Richard de Saint Laurent donne un autre sens à la fontaine scellée : «Marie, dit-il, est une Fontaine de Miséricordes si abondantes qu'elles se répandent partout et néanmoins, le sceau de la justice n'est jamais brisé : ingénieusement elle sait faire grâce sans jamais enfreindre la justice.» A l'extérieur de la palissade, les animaux fantastiques, images du démon ne peuvent pénétrer dans l'enceinte. Marie détentrice de l'ordre de la Miséricorde à travers ces différents types de représentations, aussi bien dans la pensée orientale que dans la pensée occidentale, «on pourrait dire que Marie est la Miséricorde de Dieu fait aux hommes. Mère de la Miséricorde, elle engendre sans cesse les Miséricordes divines...Marie, et ce ne peut être qu'une femme, ce secret du Père ,ce recours, cette dernière chance que Dieu avait réservée pour les derniers temps. C'est dans ce sens que Saint Maximilien Kolbe affirme qu'à Marie a été confié l’ordre de la Miséricorde.»(3) Marie nous appelle à un chemin de conversion. A Lourdes,elle nous permet de vivre cette immersion de Naaman le Syrien. Cette descente dans les eaux salutaires de la piscine est une «descente » de l'humilité où l'on peut légitimement être baptisé une seconde fois.

A nous seulement, ne pas craindre de descendre plus" profondément Chaque jour et d'être entièrement submergés et complètement, ensevelis avec le Christ» (4) A nous de nous saisir de cette confiance totale de la petite Thérèse, abandonnée dans les bras de sa maman, lui disant tout, se remettant à elle en toutes choses. A nous de lui demander «un coeur très aimant pour être à notre tour source jaillissante d'eau vive pour ceux qui sont près de nous.»

Marie ne peut nous l'apprendre que si nous le lui demandons. Marie a un tel respect de notre liberté. A nous de demander à Marie qu'elle mette dans notre coeur une surabondance d'amour, à nous de lui demander de recevoir la Miséricorde en nos coeurs : «Marie nous apprend à choisir ceux que Dieu met sur notre route: c'est la trame de nos journées ! Marie nous apprend à pardonner dans la charité fraternelle indéfiniment.»(5)

Notes :
(1)Cassette M13- Maria Multimédia - 35750 IFFENDIC
(2) lire à ce propos :" Les icônes byzantines de la Mère de Dieu" d'Egon Sandier - Ed: DDB
(3) lire à ce propos : Marie et la fin des temps: médiatrice de toutes grâces dans " Marie intime"-Fr.Ephraim- Ed. des Béatitudes
(4) Extrait du 4ème sermon pour l'Epiphanie de Guerric d'Igny ( XIIème siècle)
(5) Extrait de l'enseignement du Père Marie-Domnique Philippe" Le mystère de la Royauté de Marie" Fécondités de Marie-Reine. Cassette audio 365H-Maria Multimédia- 35750 IFFENDIC

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| Mise à jour : 20/07/2008 |

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