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REPORTAGE SUR UN PELERINAGE AVEC MARIE SOURCE DE VIE
Articles des Feu et Lumière n°241 & 246 de Fabienne Lacoste
La Qadisha – Vallée sainte Rencontre avec les Pères de l’Eglise
En avril dernier, Marie Source de Vie et Feu et Lumière ont organisé un pèlerinage au Liban. La découverte de cette terre sainte et mariale nous a émerveillés. Pour vous qui n’avez pas eu l’occasion de vous joindre à nous, nous vous proposons une plongée dans la vallée sainte, la Qadisha. Découverte d’un lieu idéal pour trouver la paix et le recueillement au cœur du monachisme.
Notre bus vire à gauche et s’engage dans une petite route en terre. Le paysage est féerique. La montagne verdoyante est découpée en lamelles par les terrasses. Amandiers, oliviers, arbres à kakis, partout des petites fleurs égaient notre passage. Derrière moi, Colette pousse un cri qui me fait sursauter. Notre chauffeur vient d’engager le bus sur une petite route de terre bordant le précipice ! Nous applaudissons le chauffeur qui est rebaptisé « passe-partout ». Pas de barrière de protection, ici les anges nous gardent… Nous sommes dans la vallée sainte ! Le bus s’arrête et nous continuons à pied. Nous nous retrouvons dans l’une des vallées les plus profondes du Liban : la Qadisha. Au fond de cette vallée sauvage coule le Nahr Qadisha qui prend sa source dans une grotte aux pieds des cèdres du pays.
Paysage grandiose
Le Père Alexis, responsable de la Communauté des Béatitudes au Liban, nous propose de vivre cette marche avec la prière du cœur. Sur ma respiration, j’inspire le « Seigneur Jésus, fils du Dieu Vivant » et j’expire le « prends pitié de moi pécheur ». Petit à petit ma marche s’accorde à cette prière. Le mot « Seigneur » resplendit dans ce paysage grandiose et la majesté de la montagne encore enneigée. Devant ce spectacle et nos âmes se dilatent. Après une bonne heure, nous arrivons près d’une chapelle. Joumana, jeune libanaise, nous raconte : « Nous nous trouvons ici chez sainte Marina. Très jeune, elle a perdu sa maman, son père est entré au couvent de Qannoubine. Après trois ans, il a visité sa fille pour lui faire don de ses biens. Marina le supplia alors de l’emmener avec lui pour sauver son âme. Son père lui coupa les cheveux et lui donna des habits de garçon, lui faisant promettre qu’elle ne dévoilerait jamais ce secret. Marina devint frère Marinos. Ce moine était considéré car il était très pieux, humble et zélé. Quand son père mourut, frère Marinos resta dans sa cellule et poursuivit sa vie de moine. Un jour, le supérieur l’envoya recueillir des aumônes dans un village et il dut passer la nuit dans un caravansérail. Accusé d’avoir violé une jeune fille cette nuit-là, Marinos fut chassé du couvent et obligé de garder l’enfant. Le moine accepta la punition et, miracle, put allaiter l’enfant. Le jour de sa mort, les moines découvrirent un papier sur sa tunique expliquant sa situation et suppliant ses frères de ne pas enlever ses habits de moine. » Joumana poursuit : « A droite de l’autel se trouve la tombe des patriarches maronites. Au VIème siècle, le couvent de Qannoubine comprenait deux cents moines. Au XVème siècle, il devint la résidence des partriarches maronites, où ils vécurent pauvres et persécutés. » Nous y découvrons de splendides fresques.
Goûter l’invisible
Père Alexis nous suggère de célébrer l’Eucharistie à côté de la grotte de Marina. Nous prenons un temps d’adoration. Que demander de plus ? Impossible de décrire cette messe, porte ouverte sur l’invisible… Après un pique-nique à la libanaise, nous sommes invités à plonger dans la grâce du lieu : soit par le silence et la sieste, soit en poursuivant notre marche jusqu’au couvent Notre Dame d’Hawka où vit un ermite. Pas d’hésitation pour moi : j’irai chez l’ermite ! Cette idée renouvelle mes forces et nous grimpons comme des cabris les rochers et les petits sentiers. Dans le fond de mon cœur, je demande au Seigneur –s’il le désire- de nous permettre de parler à cet ermite. Je réalise que j’ai toujours eu l’impression que la vie ascétique des Pères du désert datait d’une autre époque, et là, je la touche de près. Cela me donne des frissons. La grâce de Dieu est impressionnante.
L’homme de Dieu
Après une demi-heure de marche, nous arrivons sur une petite terrasse et entrons sous un porche naturel. Il s’agit de deux grottes superposées. A gauche, nous découvrons une petite porte en bois et prenons les escaliers taillés dans la roche qui nous mènent devant une entrée de grotte. C’est une petite chapelle. L’ermite est là. Il prie, assis sur une chaise. Nous entrons et prions. Sur l’autel se trouve l’image du Christ miséricordieux de Sainte Faustine. Nous sommes à la maison. La surprise alors est de taille ! Hawka qui nous accompagne est l’ami des ermites ; il leur apporte de la nourriture l’hiver. Voyant son ami, l’ermite sort de la chapelle et va le trouver. Caroline ne tient plus en place et se trouve aux côtés de l’ermite lui annonçant que, depuis la veille, nous avons un nouveau pape. Ratzinger ! s’écrie l’ermite tout heureux… Notre petit groupe sort de la chapelle et nous nous retrouvons sur la terrasse à écouter les paroles de ce prêtre colombien venu au Liban depuis quinze ans pour embrasser la vie solitaire. Père Dario nous permet de casser beaucoup d’images toutes faites sur les ermites. Il est plutôt rond et joyeux au lieu d’être rigide et maigrichon ! Sa vie est toute simple : il se couche à 19h, se lève à 24h pour prier jusqu’à 8h ; ensuite il travaille la terre, étudie, prie. Il a un bureau et une petite cuisine. Il vit de ce qu’il cultive, il n’a pas de grands besoins puisqu’il jeûne souvent durant les cinq carêmes. Ce bon vivant au capuchon noir – il est maronite – nous explique qu’il est entré au couvent Saint Antoine dans le but de devenir ermite. « J’était responsable d’un hôpital psychiatrique et je suis venu au Liban pour être moine ermite. J’ai attendu dans la patience et les larmes pendant huit ans. » Père Dario à alors écrit au Saint Père Jean-Paul II pour lui demander l’autorisation de devenir ermite. Le Pape lui a de suite répondu et le lui a accordé.
Amour et humour
Les questions fusent : « Comment priez-vous ? – Je médite, contemple, récite l’office divin… Je Le regarde, Il me regarde, je L’aime, Il m’aime. Nous sommes comme des amoureux : ils ne se disent rien mais ils s’aiment. C’est une prière de simplicité. – Et quand votre imagination vous entraîne ailleurs ? – Ah la folle du logis ! Je fais un acte d’adoration ou d’action de grâce même si le moulin des pensées tourne. (L’ermite fait une moue, qui semble dire : « Peu importent les pensées, Jésus me regarde et m’aime. ») Quelqu’un s’écrie alors : Vous êtes comme Saint Charbel ! – Non, il n’aimait pas les femmes, moi si ! Avec beaucoup de simplicité, il nous explique ses derniers travaux : pour lutter contre l’humidité, il a enlevé toute la verdure qui tombait sur la grotte. En parlant de ses travaux, il nous relate son désir de changer de place l’autel de sa chapelle car les femmes qui n’arrivent pas à avoir d’enfants viennent tourner autour de celui-ci. La réponse qu’il leur fait est très simple : « Dormez avec votre mari ! ». Nous savons que sa prière les porte et nous porte aussi.
En le quittant, Père Dario nous dit qu’habituellement, il ne s’accorde pas tout ce « blabla » ! Quelqu’un lui demandant où il dort, le moine nous ouvre la porte de sa cellule. Nous découvrons une planche de bois épaisse d’un centimètre avec un tapis, l’oreiller de l’ermite est une pierre car « Jésus n’avait pas de pierre où reposer sa tête » (Mt 8, 20). Au-dessous de son lit, un tableau de Saint Joseph avec l’Enfant Jésus. En le saluant, il me dit par deux fois : Priez pour moi. En redescendant dans la montagne, cette parole percute mon cœur et mon esprit. Oui, certainement, j’ai besoin de prier bien davantage…
Nous retrouvons l’ensemble de notre groupe et reprenons la route. La solennité de la montagne, le chant des oiseaux, les arbres de Judée en fleurs, toute la création chante et loue le Créateur. En reprenant ma marche, je reviens sur l’inspire « Seigneur Jésus, Fils du Dieu vivant » et l’expire « Prends pitié de moi, pécheur ». Nous vivons un véritable bain de Ciel dans cette vallée. A chaque instant, nous avons l’impression de pouvoir découvrir une chapelle, un monastère ou un ermitage. On raconte que l’encens est monté dans de telles quantités pendant les heures de prière que les Libanais voyaient un nuage planer au-dessus de la Qadisha. Pendant cette marche, j’apprends à descendre au fond de la vallée de mon âme, à ne plus tant m’attacher aux ombres de la mort et aux peurs tenaces de la vallée de larmes qui y repose mais de regarder plus haut, de m’émerveiller à chaque instant des touts petits cadeaux découverts au fil du chemin… Seigneur Jésus Christ, Fils du Dieu vivant, aie pitié de moi pécheur. Tu es Seigneur…
Cathédrale St Paul d’Harissa
Voici le lieu où Dieu demeure, lieu où l’homme peut mettre de côté ses soucis terrestres pour s’ouvrir à la grâce venue d’En-Haut. Nous allons voir la Gloire de Dieu et contempler sa Face. En entrant dans la cathédrale, nous sommes frappés par la majesté du lieu. Tout parle de beauté : le mobilier, les icônes, les fresques, les mosaïques. L’architecture extérieure était déjà très séduisante, mais l’intérieur est grandiose.
Magnificence du lieu
Mon côté européen latin m’invite à faire silence et à me laisser imprégner par la majesté de tout ce qui m’entoure. Qu’elle n’est pas alors ma surprise d’entendre les paroissiens parler ! Nous sommes dans la demeure de Dieu, néanmoins nous sommes aussi chez nous et en Orient ! Dans la demeure de Dieu, il ne s’agit pas de « faire semblant » mais d’être soi pour entrer dans ce face à face en présence du Créateur. Le Père Elias nous accueille et nous fait entrer dans la magnificence du lieu avec tact et délicatesse. Il nous entraîne tout devant et nous nous trouvons en dessous de la clef de voûte : « Ici, tout l’univers est ordonné et structuré dans l’ordre divin et tout nous invite à vivre dans la présence de Dieu. La clef de voûte de cette cathédrale est le Christ Pantocrator, il est celui qui porte tout. Autour de lui, l’arc en ciel, car le Christ crée tout et finit tout, il est au dessus du ciel et réalise tout par sa Parole. Il est ce Christ en gloire assis sur son trône comme Roi de l’univers. Sans lui, tout s’écroule. Notre vocation est de vivre en Sa présence. Tout ici nous le rappelle. » Le Père poursuit ses explications. Les pèlerins qui l’entourent sont comme happés par ses paroles. Ils les boivent littéralement. Le Ciel semble effectivement s’ouvrir devant nos yeux tant ses paroles nous parlent. Elles nous plongent dans la prière et la beauté de Dieu et nous donnent, en ce lieu, de reconnaître notre joie et notre espérance en Celui qui a tout accompli. « Seigneur, je crois en toi, tu es là et tu écoutes nos prières. Viens, donne ta paix en ce lieu, ce pays. Fais de nous des artisans de paix et d’unité. Donne-nous de croire que ta prière pour l’unité ne peut qu’être exaucée. »
Présence de l’invisible
La cathédrale Saint Paul resplendit dans le bleu du ciel. Située à côté de Notre Dame du Liban, les pères pauliniens ont édifié ce chef d’œuvre pour l’unité des chrétiens. C’est pourquoi on s’est efforcé de reproduire côte à côte les principaux représentants des Eglises orthodoxe et catholique, et de plusieurs cultures occidentales et orientales. Le père poursuit sa visite : « Si vous contemplez la grande abside, vous pouvez voir les saints Jean de Damas, Ephrem le Syriaque, Grégoire d’Arménie et Méthode qui couvrent les pylônes de droite et de gauche. Le second tableau réunit les grand patriarches et évêques qui ont fondé les cinq patriarcats : Rome, Constantinople, Alexandrie, Jérusalem et Antioche. Au dessus, vous reconnaissez sans doute la sainte Cène et la Vierge Orante qui a conçu le Verbe et est devenue « plus vaste que les cieux » (Platytéra) qui couvrent le centre et le haut de la Grande Abside. »
Louange céleste
En écoutant ces explications, j’ai l’impression de faire un voyage dans l’histoire sainte de la foi. Chaque icône, chaque mosaïque m’invite à une petite catéchèse, à découvrir la vie de ces saints, à comprendre pourquoi un tel est représenté d’une certaine façon, pourquoi tel autre porte un vêtement de couleur. C’est extraordinaire, nos cœurs se dilatent et je perçois dans les visages de ceux qui m’entourent une joie scintillante. Nous découvrons notre famille et entrons de plain-pied dans la foi comme si nous ouvrions un album où les photos racontent l’histoire tout en disant bien davantage. Tous nos doutes s’éclipsent, ces fenêtres sur le Ciel nous entraînent dans un autre monde, plus proche de nos cœurs, de nos âmes. Il ne s’agit pas de me mettre devant une représentation mais bien devant des personnes vivantes qui me regardent, m’écoutent, m’entraînent à participer à cette louange céleste. « Seigneur, nous t’adorons, Père, Fils et Saint Esprit. Nous te bénissons pour ta victoire sur toute forme de mort, merci pour ce jour où Tu seras tout en tous, merci pour ce jour qui vient où tout genoux fléchira devant Toi. Viens, nous T’en prions, faire œuvre d’unité dans nos cœurs, nos familles, nos paroisses, nos communautés, nos Eglises. Apprends-nous à accueillir cette unité en nous apprenant à T’aimer et à aimer nos frères. Change nos cœurs de pierre en cœurs de chair, fais-nous la grâce d’une vraie conversion du cœur sur laquelle pourra être édifiée toute unité. Amen. » |